Retranscription fictive basée sur une discussion réelle qui a eu lieu il y a quelques minutes :
Un pote :
Ça te dirait qu’on aille déjeuner la semaine prochaine ? Au restaurant du SOC ?
Moi :
Franchement ? Non. Hors de question. Je ne remettrai plus jamais les pieds là-bas.
Un pote :
Ah bon ? À ce point-là ? Pourquoi ?
Moi :
Parce qu’ils un le drapeau d’Israël à l’entrée.
Un pote :
Tu pousses un peu. Ce sont juste des Marocains de confession juive. Pour eux, ce drapeau a peut-être aussi une dimension identitaire.
Moi :
Non, le fait qu’ils soient juifs n’est pas le sujet. Je parle de gens qui affichent le drapeau d’un État génocidaire, qui continue de commettre des actes immondes dans toute une région, et repose sur une idéologie profondément suprémaciste.
Un pote :
Oui mais attends, là tu fais quand même un amalgame entre une idéologie politique et des gens qui ne s’y reconnaissent pas forcément. C’est comme quand certains font l’amalgame entre un terroriste qui crie “Allahu Akbar” et l’ensemble des musulmans.
Moi :
Non, justement, ce n’est pas pareil. Moi, je distingue une religion d’un symbole politique. Je ne te parle pas de foi ou de symboles, objects ou même monuments religieux. Je te parle du symbole officiel d’un État moderne, ultramilitarisé, avec une armée, un gouvernement, une politique et une idéologie.
Un pote :
D’accord, mais qu’est-ce qui te permet de dire qu’une personne qui affiche ce drapeau adhère forcément à tout ça ?
Moi :
Je ne dis pas que je sais ce qu’elle a dans la tête. Je dis qu’à un moment, dans l’espace public, les symboles ont un sens. Et qu’une personne qui arbore fièrement le drapeau de cet État-là, surtout aujourd’hui, envoie forcément un message. Peut-être qu’elle ne se dit pas “je soutiens un projet de suprématie”, mais objectivement, c’est le signal qu’elle choisit d’afficher.
Un pote :
C’est quand même une lecture très sévère.
Moi :
Oui, elle est sévère. Mais elle n’est pas gratuite. Moi, le sionisme, je ne le vois pas comme une simple opinion politique parmi d’autres. C’est une idéologie moderne de domination, de hiérarchisation des vies, de suprématie d’un groupe sur d’autres, avec un rapport à la violence et à la dépossession qui n’a rien à envier à une logique nazie. Donc non, je ne vais pas faire semblant que ce drapeau serait juste un petit signe identitaire neutre.
Un pote :
Là, quand même, comparer le sionisme au nazisme, c’est énorme.
Moi :
Ce n’est pas une formule lancée au hasard. Quand tu as une idéologie qui s’autorise à écraser, déplacer, humilier, bombarder, enfermer et éliminer une population au nom d’un prétendu droit supérieur, d’une histoire supérieure, d’une légitimité supérieure, tu es déjà dans une logique du nazisme. Après, chacun choisit ses mots. Moi, je choisis ceux-là.
Un pote :
Mais certains te diraient quand même que ce drapeau dépasse l’État, qu’il est lié à quelque chose de plus ancien, de plus large, d’identitaire, voire de spirituel.
Moi :
Eh bien, je leur répondrai que factuellement, ils se trompent. Ce drapeau-là est un drapeau politique moderne. Il n’est pas tombé du ciel il y a trois mille ans. C’est un emblème construit par le mouvement colonial sioniste fin du 19ème siècle. Donc non, historiquement, il ne représente pas “la foi juive” dans son ensemble. Il représente d’abord un projet politique devenu un État, avec une armée, un appareil de pouvoir et une trajectoire historique très concrète.
Un pote :
Oui, mais un symbole peut avoir plusieurs sens selon les gens.
Moi :
Bien sûr. Mais il y a des moments où l’histoire fixe les choses. Je vais te donner un exemple simple : dans la tradition musulmane, il y a des références à un étendard noir associé au Prophète. Très bien. Mais aujourd’hui, après que Daech en a fait leur drapeau officiel, qui peut sérieusement prétendre que l’arborer un est un geste innocent, purement spirituel, sans message politique ? Personne. Parce qu’entre-temps, le symbole a été recodé par l’histoire, par la violence qu’il évoque désormais.
Un pote :
Je comprends l’analogie.
Moi :
Voilà. Donc mon point est simple : même si certains veulent donner au drapeau d’Israël une lecture religieuse, moi je le vois d’abord pour ce qu’il est aujourd’hui : le symbole d’un État génocidaire et fondamentalement suprémaciste. Et je ne peux pas faire comme si ça ne voulait rien dire.
Un pote :
Bon… je vois mieux ce que tu veux dire, même si je ne suis pas d’accord avec tout.
Moi :
Tu n’es pas obligé d’être d’accord avec tout. Mais une chose est sûre, je ne repose plus les pieds au SOC.
Un pote :
T’inquiète, pas le SOC… donc c’est bon pour la semaine prochaine ?
Moi :
Carrément mon vieux !
Un pote :
Et tu me raconteras ce mariage !
Moi :
Mais non a sa7bi, c’était juste un poisson d’avril.
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