On entend souvent dire, faut que je pense à ma tronche, que j’arrête de penser aux autres, “I’m not a Bad Guy”. Bah, ça dépend…
Dans tout story-telling, que ce soit dans la fiction ou dans une dépiction du monde réel (histoire passée ou actualités) il est question de présenter un camp protagoniste contre un camp antagoniste. Ce récit, hors contextes externes qu’il ne mentionnera pas, est sensé aligner son audience sur ce qui est bien et ce qui est mal. Cet antagonisme est parfois représenté par les embûches d’un parcours ou des démons internes, mais intéressons-nous ici spécifiquement au cas le plus courant : l’antagoniste matérialisé par un ou des individus en tant que “Bad Guys”.

Lorsqu’on n’est pas dans de la fiction pour enfants en bas âge ou des médias ayant pour principale cible des abrutis ou des abrutis en devenir, le Bad Guy est très rarement présenté dans une version manichéenne où il est conscient de son statut (à part les rares cas où l’incarnation du mal est présentée, ex. le diable en personne).
Généralement on retrouve 5 types de Bad Guy (c’est du top of mind, ne jetez pas de tomates si j’en ai oublié 17 autres) :
• L’égoïste convaincu, Bad Guy classique, qui pense que son bien-être (ses besoins et ses émotions) a plus de valeur que le bien-être de l’autre, ce qui se manifeste dans sa forme la plus soft par l’abandon d’un autre qui dépend de lui (schéma du père absent ou de celui qui reste passif face à une injustice à laquelle il peut réagir) ou dans sa forme active par la privation active de l’autre de son bien-être pour alimenter son propre intérêt (qu’on va retrouver comme saboteur carriériste dans un cabinet d’avocats à NYC, comme colon terrien cherchant à sauver sa race en massacrant des aliens bleus ou plus simplement comme psychopathe serial killer qui assassine pour se libérer de traumas de son enfance)
• Le vindicatif mal orienté, il voue une haine et cherche à appliquer Talion envers des individus qui ne la méritent pas ou ne la méritent plus (généralement, ou bien il se trompe de combat car mal informé, ou bien le protagoniste s’est repenti entre-temps, a obtenu un pass absolution / carte sortie de prison, ou alors, le gentil est joué par un acteur beau gosse et donc on ne peut pas lui en vouloir)
• Le stalker weirdo, qui veut du bien à sa stalkée, mais ne comprend pas qu’elle ne veut pas de lui car un peu trop moche et/ou a des hobbies trop niche (#NormalizeUnderwearCollection)
• L’illuminé qui poursuit un Greater Good pour tous mais utilise des moyens peu louables pour y arriver, avec peu voire pas de remords, y laissant donc un peu de son humanité (on y retrouve les terroristes sous de nombreuses formes, convaincus qu’ils doivent sauver des victimes voire l’humanité d’un Mal qui les opprime oui un Thanos à la recherche de la Paix Suprême, quoique, il se peut que Thanos ne soit techniquement pas un Bad Guy)
• Le premier à tirer, dans des cas de tension palpable et intenable sur la durée, où le Good Guy a également un flingue prêt à tirer (souvent dans des intrigues de guerres)
Mouhim, ne nous perdons pas. Le fait étant que, en y repensant, le Good Guy est une réflexion d’un de ces Bad Guys, à quelques détails près :
• Un égoïste guéri, qui a initialement refusé sa quête de héros avant d’y être forcé / poussé
• Un égoïste miraculé, qui va mettre en péril 50 personnes dans un bus ou une planète entière pour sauver sa chérie ou pour autre intérêt personnel, et grâce à du bullshit scénaristique du genre “the power of love”, va réussir à retourner la situation in extremis et être applaudi par les foules (PS : sachant que 20 personnes ont dû être sacrifiées quand même pour sauver sa Fakhita)
• Le vindicatif qui voue une haine à quelqu’un qui ne s’est pas encore repenti ou qui est trop moche de base (massacrons les extraterrestres insectoïdes qui n’avaient qu’à pas riposter quand on a conquis leurs terres)
• Le stalker beau-gosse dont la liste de conquêtes lui donne l’assurance que sa stalkée va être aux anges (et elle le sera, sinon remboursez le ticket d’entrée)
• L’illuminé qui poursuit un Greater Good coûte que coûte mais verse quand même une larme après avoir envoyé un bataillon entier à une mort certaine
• Le deuxième à tirer, qui est représenté comme ayant hésité puis fait preuve de retenue et d’empathie avant de réagir au tir finalement non léthal du Bad Guy (bon, c’est parfois lui le premier à tirer, mais faut dire que c’est quand même abusé de réagir à une petite gifle de rien du tout par ce coup de poing qui a réellement lancé le conflit, ou, dans le cas de Han Solo vs. Greedo, retoucher le film 10 après coup de sorte que Greedo ait tiré d’abord)
Jusque-là, on n’a rien démontré, si le Good Guy et le Bad Guy sont si proches, on est mal barrés. Plus de sens à la vie, plus de Bien Suprême Aristotien, d’autant plus qu’on dit souvent que le Bad Guy est objectivement le Good Guy dans son histoire.
Mais pour éviter d’avoir une foule de personnes confuses, perdues et prêtes à être internées à la sortie de la salle (comme ils le seront si un jour je finis par réaliser un film, Dieu vous en garde), tant qu’on voudra identifier un camp comme Bad Guys, on va toujours associer des traits clairs à l’antagoniste pour que chacun d’entre nous puisse l’identifier facilement comme tel. En revenant aux descriptions de types de Bad Guys et de Good Guys, la seule différence dans le story-telling du Bad Guy est qu’il ne peut pas se mettre dans la peau de l’autre et le voir comme un égal, ce qui le libère des remords et lui permet d’être à l’aise dans le “moi (et éventuellement mon entourage) d’abord, l’autre on verra, ce n’est pas si important”.
En somme, le mal est dans l’écart trop large entre le moi (individuel ou élargi) et l’autre. L’individualisme, dans sa forme où on ne voit pas tous les autres comme ses égaux, qui devraient avoir accès au même traitement et aux mêmes privilèges, ni maintenant ni immédiatement après, est donc le synonyme direct du Mal.
Ce qui est très intéressant à remarquer c’est que les mêmes personnes qui vont adorer les œuvres de fiction et root for the Good Guy peuvent souvent, dans la vraie vie, être du côté de visions politiques et idéologies qui s’apparentent objectivement à ce qui définit sans hésitation un Bad Guy de fiction (racismes, ultra-libéralisme, colonialisme territorial/culturel, militarisme… un paquet de ismes qui risquent de me faire passer là pour un de ces gars qui vendent des cabanons dans une ferme-communauté de puériculture-yoga-ganja).
Plus largement, loin d’être un scoop, la tendance culturelle globale du moment, privilégie clairement l’intérêt et le bien-être individuel face au collectif (qui peut bien évidemment être limitant, gênant voire oppressant) quitte à l’utiliser (s’il peut servir de moyen), l’opprimer (s’il ne va pas dans le même sens) ou l’abandonner (si sa dépendance suppose un effort). Une tendance culturelle qui, étonnement, ne s’est pas reflétée sur les règles du story-telling en vigueur depuis la nuit des temps, l’individualiste assumé est toujours mal vu dans les narrations.
Conclusion, vu que c’est resté inchangé depuis que l’homme a commencé à raconter des histoires, 𝐜’𝐞𝐬𝐭 𝐩𝐞𝐮𝐭-𝐞̂𝐭𝐫𝐞 𝐜̧𝐚 𝐥𝐚 𝐫𝐞̀𝐠𝐥𝐞 𝐬𝐮𝐩𝐫𝐞̂𝐦𝐞 𝐝𝐮 𝐁𝐢𝐞𝐧 𝐮𝐧𝐢𝐯𝐞𝐫𝐬𝐞𝐥 : 𝐭𝐚𝐧𝐭 𝐪𝐮𝐞 𝐭𝐮 𝐧𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐬𝐢𝐝𝐞̀𝐫𝐞𝐬 𝐩𝐚𝐬 𝐥’𝐚𝐮𝐭𝐫𝐞, 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐬𝐨𝐧 𝐬𝐞𝐧𝐬 𝐢𝐧𝐝𝐞́𝐟𝐢𝐧𝐢, 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐞 𝐭𝐨𝐧 𝐞́𝐠𝐚𝐥 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐬𝐨𝐧 𝐝𝐫𝐨𝐢𝐭 𝐚̀ 𝐮𝐧𝐞 𝐯𝐢𝐞 𝐝𝐢𝐠𝐧𝐞, 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐬𝐞𝐬 𝐨𝐩𝐢𝐧𝐢𝐨𝐧𝐬, 𝐛𝐞𝐬𝐨𝐢𝐧𝐬, 𝐚𝐦𝐛𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐞𝐭 𝐞́𝐦𝐨𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬, 𝐞𝐭 𝐜𝐞, 𝐦𝐞̂𝐦𝐞 𝐬’𝐢𝐥 𝐞𝐬𝐭 𝐨𝐛𝐣𝐞𝐜𝐭𝐢𝐯𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐜𝐨𝐧, 𝐛𝐚𝐡 𝐭’𝐞𝐬 𝐮𝐧 𝐁𝐚𝐝 𝐆𝐮𝐲, 𝐯𝐨𝐢𝐥𝐚̀, 𝐜𝐡𝐜𝐡𝐞𝟕.
Long story short, j’ai essayé tout à l’heure pour le fun un comprimé contre les troubles de l’attention pour voir ce que ça fait. J’ai commencé à voir un dessin-animé et, 15min après, j’étais en train d’écrire ce pavé sur mon téléphone. Promis, j’y retoucherai plus, ne tapez pas.
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