De l’intégrisme linguistique

Petite histoire du samedi soir (j’aurais aimé continuer en rimes, mais j’ai la flemme la vérité) :

J’ai un ami qui croit en une théorie assez controversée et loufoque ; comme quoi il est très enrichissant de maîtriser plusieurs langues certes, mais que, si l’on veut évoluer sainement dans la société, il serait fondamental de maîtriser également la langue de son pays natal, surtout quand on y vit et que ça ait été la langue d’une lignée de ses ancêtres.

Après avoir écarté la piste intégriste radicaliste barbiste (ne pas confondre avec darbiste), j’ai accepté d’écouter ses propos dans un souci de neutralité éditoriale et de couverture de tous les avis même ultra-minoritaires et aliénants.

Animé donc par cette thèse, cet ami a décidé de ne parler à ses enfants qu’en darija marocaine et laisser la crèche puis l’école s’occuper de l’apprentissage des autres langues, en particulier le français.

Il ne se doutait du grave crime qu’il avait commis envers ses enfants qu’après avoir remarqué qu’ils n’arrivaient pas à communiquer avec les autres enfants du quartier et de l’aire de jeux. Ces derniers, bien sûr ne savaient parler que français, bien naturellement ; leurs parents voulaient qu’ils aient un avenir radieux, ils leur ont même offert des prénoms qui leur éviteront toute discrimination lorsqu’ils iront étudier, travailler, vivre dans la mère patrie.

Les effets de ce choix irresponsable et dangereux se sont davantage révélés lorsque l’un des enfants devait intégrer une crèche de qualité : un examen d’accès exclusivement en français était exigé.

La tragédie a néanmoins été évitée. Un autre fâcheux choix consistant à ne pas exposer ses enfants à Tiktok et YouTube créera certes un handicap social, mais leur a collatéralement permis d’avoir suffisamment de vivacité pour apprendre les bases du français en un temps record et décrocher le fameux Graal.

En conclusion, il est évident qu’il faut s’exempter d’idées délirantes lorsqu’il est question d’éduquer la génération montante, la communauté de demain. De toute les façons, ils n’auront besoin que de rares mots et expressions pour communiquer à l’avenir avec les quelques populations résistant encore au progrès et la modernité.

D’ailleurs, il suffira de les lister sur un petit guide tenant sur un bout de papier pour assurer une collaboration saine et complète.

Lexique à retenir :

– Choukran / Choukran bèzafe : merci / merci beaucoup

– Ahe miziane : c’est bien

– Lla : non

– Llaye séhèle : je n’ai point de monnaie à vous offrir

– Sir falèk yekh ala wile (le “kh” étant la transcription de la consonne vélaire fricative sourde, similaire au “J” espagnol certainement plus familier) : je vous prie de me laisser tranquille

– Hder maya franssaouia : veuillez reformuler

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